7 Conseils pratiques pour l’évolution du personnage dans les nouvelles

Est-ce que la notion d’écrire une nouvelle vous semble intimidante ? Avec autant d’intrigue et pas assez de mots pour la développer, cela peut vous faire un peu peur, surtout ce qui concerne l’évolution du personnage. Mais n’ayez pas peur ! Nous sommes là pour vous assister avec les sept conseils suivants pour vous aider à détailler l’évolution du personnage dans un cadre plus gérable.

Les nouvelles : pourquoi sont-elles si difficiles à écrire ?

Parce que l’espace coûte cher quand le nombre de mots est limité. Pour certains auteurs, cela peut poser un problème.

Si l’on prend l’idée de Samuel Taylor Coleridge que la prose représente les « mots dans le meilleur ordre » pendant que la poésie est « les meilleurs mots dans leur meilleur ordre », les nouvelles tombent quelque part entre les deux. Les nouvelles comprennent tous les aspects descriptifs de la prose avec toute la précision d’un poème.

Si les nouvelles représentent le meilleur des deux mondes, il s’ensuit que leur création nécessite une maîtrise de ces deux mondes et cette perspective peut sembler intimidante pour certains.

Mais si vous pouvez vous distancer pour un instant et vous permettre de diviser le processus, vous allez noter que presque toute nouvelle a principalement trois notions clé : le milieu, l’intrigue et les personnages. D’accord ? Allez, laissez percoler vos pensées et commencez à écrire. On s’occupera de la longueur plus tard.

On y arrivera, une étape à la fois.

Alors, aujourd’hui, nous allons nous concentrer sur l’évolution du personnage avec sept moyens pour développer les personnages dans les nouvelles.

1. Connaissez bien vos personnages

La ligne qui divise les histoires courtes et les romans est plus théorétique que concrète, disons, une ligne dans le sable plutôt qu’un mur de briques. Cependant, il est probable que vous n’aurez pas assez de temps pour détailler chaque instant de la vie de tous les personnages. Mais, quand même, on ne doit pas s’en servir comme excuse pour lésiner[ sur l’évolution du personnage.

Prenez un peu de temps pour bien connaître vos personnages. Oui, c’est vrai : ils  sont le produit de votre imagination—pourtant ! —ils ont besoin d’un contexte et d’antécédents pour se matérialiser sur la page.

OK, c’est peut-être un peu vague, mais au fond, je parle de l’empathie.

Vos personnages n’existent pas dans le vide. Ils ne sont pas nés du néant, dépourvus de tout contexte—ils ont vécu une histoire, ont un passé (sauf peut-être le monstre de Frankenstein), une situation actuelle et des aspirations pour l’avenir. Leurs actions dans le narratif seront informées par la présence ou l’absence de ces éléments. Informées, mais pas décidées—il n’est pas possible d’anticiper chaque pas et visualiser chaque détail à l’avance.

Enfin, vous avez le dernier mot sur les actions, les pensées et les paroles de vos personnages, mais vous ne voulez pas être marionnettiste. Disons plutôt que vous êtes comme un dieu qui fait tourner la toupie et regarde la suite, votre carnet à la main.

Le fait que vos personnages sont fictifs n’est pas important, ce qui compte, c’est l’intrigue de votre histoire et l’évolution du personnage qui nécessitent que vous vous mettiez à leur place.

Vous ne pouvez pas vous attendre que vos lecteurs aient beaucoup d’empathie pour vos personnages si vous ne les connaissez pas de fond en comble vous-même. Traitez-les comme s’ils étaient humains pour que vos lecteurs puissent faire pareil.

2. Évitez la description superflue

Montrer plutôt que raconter. Cliché ou pas, c’est quand même efficace comme règle de base.

Il faut avoir les bases : à quoi ressemblent vos personnages ? Comment se comportent-ils tout au long du récit ?

Vous devez inclure ces détails, mais l’on n’imite pas Buzzfeed : pas de liste, pas de gros paragraphes décrivant les caractéristiques de vos personnages, l’une après l’autre.

Écoutez : que préférez-vous ? Il porte des lunettes. ou En fermant la porte du café,  derrière lui, il se tourna pour se retrouver aveuglé par la buée du brouillard matinal qui couvrait ses lunettes et entra en collision avec une jolie serveuse. Ce n’est pas Lamartine, certes, mais vous voyez la différence, non ? On dévoile l’apparence peu à peu en même temps que l’on fait avancer l’intrigue. Cela peut vous servir lorsque le nombre de mots est limité. (Et avant qu’on reçoive trop de questions dans les commentaires, non, je n’ai pas tiré cet exemple de ma vie personnelle.)

Il en va de même pour les interactions de vos personnages à chaque péripétie. Il regretta instantanément la décision de ne pas porter des lentilles de contact. ou « Punaise ! Mille pardons, mademoiselle, » il souffla, à peine capable de sortir les mots de sa bouche, en cherchant péniblement un mouchoir à l’intérieur de sa veste noire. Le paquet tomba entre ses doigts tremblant et atterri sur le trottoir humide. Il se pencha vers le sol, un acte de la plus haute dignité et classe, et remarqua d’un coup les baskets et tibias poilus d’un monsieur sportif attaché aux jambes de la jolie serveuse floue.

(voilà la version censurée d’une situation 100 % hypothétique) À la base, ne racontez pas à tel point la situation était maladroite. Montrez-le.

Pensez à la valeur de chaque mot en fonction de l’avancement de l’intrigue. Personne n’a envie de lire votre liste de courses qui décrit des caractéristiques l’une  après l’autre. Incorporez le langage corporel, le physique, la carrure, les expressions faciales, le ton de voix et les caractéristiques distinctives (surtout pour les personnages non-humains) sans faire semblant de remplir les détails de votre profil sur Tinder. (sauf si vous écrivez un Romcom moderne et cela fait partie de l’intrigue !)

3. Jouez avec la tension et la dimension

Personne ne va aimer vos personnages 100 % du temps, à l’exception de Glinda la bonne sorcière (pourtant, elle avait l’air un peu prétentieux, non ?).

Nous n’habitons pas dans un monde unidimensionnel. Ce n’est pas un monde tridimensionnel non plus—nous sommes des êtres multidimensionnels.

Il existe une grande différence entre ce que l’on considère comme « bon » ou « mauvais » et, pour la plupart de vos lecteurs, ils vont s’identifier plus avec des personnages qui tombent quelque part entre les deux. Je ne vais pas au point d’excuser un recours malfaisant perpétué par une prétendument bonne personne, et inversement, mais je vous laisse la parole pour déterminer où se trouve le juste-milieu.

À part les extrêmes, vos personnages ne seront ni 100 % bons ni 100 % méchants tout le temps. Ce n’est pas réaliste.

Et cela ne s’applique pas qu’à leur comportement. Les notions de tension et de dimensions jouent un rôle dans l’évolution de leurs intérêts, apparences, relations, aspirations, etc.

Même si vos personnages ne sont pas du tout réalistes, même si vous écrivez à propos d’un troupeau de Korrigans qui court dans la forêt de Brocéliande, leur création et actions doivent être logiques. Vos lecteurs ont besoin d’un protagoniste qu’ils peuvent supporter et d’un antagoniste avec lequel ils peuvent être en opposition. Mais rappelez-vous : rien n’est noir et blanc. Cela serait… ennuyant.

Même les elfes Keebler ne sont pas 100 % bons 100 % du temps ; je n’ose pas dire que c’est seulement du cacao et de la crème dans ce bol-là.

4. N’employez pas de discours banal

Est-ce que vous pouvez faire la distinction entre ces deux morceaux de dialogue ? « Magnifique. Absolument magnifique », dit-elle sarcastiquement. ou « Magnifique. Absolument magnifique ! », dit-elle sincèrement.

C’est une question piège—ils sont tous les deux mauvais.

Il faut considérer la perspective de vos lecteurs : si vous étiez à leur place, pourriez-vous quand même comprendre le sens du discours ? Comme dit l’adage, « si vous devez poser la question… ». Il vous faut une des deux choses : moins de verbiage superflu ou plus de contexte.

Je vous propose un test : enlevez tous les mots qui traînent derrière votre dialogue sauf pour « dit-il », « dit-elle » ou « disent-ils ». Est-ce que vous pouvez encore suivre le sens du dialogue ? Est-ce encore logique ?

Si oui, tout le reste, sauf pour « [il/elle/ils] dit/disent » est de verbiage inutile et superflu.

Sinon, il est probable que votre dialogue manque un peu de contexte, de force ou fait très peu pour attirer la sympathie de vos lecteurs.

À la suite de l’exemple initial, il faut que le dialogue qui précède « Magnifique. Absolument magnifique » fournisse assez de contexte pour que nous puissions déduire le ton de l’expression et les actions du personnage par extension. L’acte de déduction de la part de vos lecteurs les rapprochera de vos personnages, les rendant plus aimables et familiers, sans l’addition de texte superflu. Donnez-leur l’opportunité de connaître vos personnages par eux-mêmes.

Cela nous amène au prochain conseil.

5. Faites confiance à vos lecteurs

Vous n’êtes pas prof. Bon, d’accord, peut-être que vous êtes prof d’habitude, mais pas maintenant ! Pour l’instant, vous êtes l’auteur d’une nouvelle et vous racontez une histoire, pas un discours sur la psychologie de vos personnages.

La plupart des lecteurs n’ont pas envie de lire un récit qui s’analyse lui-même. Comme dans l’exposition, vous devez présenter les descriptions de vos personnages d’une manière naturelle. Par ailleurs, évitez la tendance d’expliquer l’importance de ces détails aux lecteurs.

Au risque d’emprunter un peu le jargon des linguistes, prenez soin d’écrire d’une manière descriptive, pas normative.

Par exemple, prenez la description suivante : plutôt que « elle a fait/eu [x] parce que [y] », arrêtez après « elle a fait/eu [x] ». N’insultez pas l’intelligence de vos lecteurs. S’ils ne peuvent pas déduire [y] sans le dire explicitement, ce n’est pas peut-être de leur intelligence qu’il faut douter.

Les lecteurs ne doivent pas se poser des questions sur l’inclusion d’un descripteur en raison de manque de contexte. Si vous vous retrouvez à défendre une action ou un détail, pensez plutôt à comment vous pouvez reconstruire cet élément sans besoin de justifier sa place dans le narratif.

Vous devez vous servir du narratif pour la création du personnage, et puis faites confiance aux lecteurs pour comprendre l’importance de chaque détail de cette évolution sans les prendre par la main et les guider jusqu’au point final. Enfin, vous voulez que vos lecteurs puissent remplir les espaces vides avec leurs expériences personnelles afin de développer davantage leur rapport personnel avec vos personnages.

Penser du point de vue d’autrui n’est pas toujours facile, c’est pourquoi je vous encourage de faire passer votre manuscrit à vos amis proches et votre famille pour le lire et confirmer que vous avez bien traduit vos pensées sur le papier.

6. Exploitez les relations entre vos personnages afin d’approfondir leur histoire

Le rapport d’un personnage avec lui-même et le monde autour de lui peut révéler beaucoup sur sa vie en dehors de votre histoire.

En continuant avec la devise « Moins, c’est plus », utilisez les rapports entre les personnages comme outil pour informer davantage vos lecteurs sur votre monde fictif. Par exemple, les stratégies employées par un personnage quand il/elle doit faire face à un conflit nous dévoile non seulement certains aspects de sa personnalité, mais aussi de ses antécédents.

Cela nous ramène à l’importance du dialogue ciblé et naturel, mais en même temps, cela rajoute une toute autre dimension. Les conversations prennent les morceaux individuels de dialogue et les assemblent afin de créer des mécanismes qui 1.) propulsent et dirigent l’intrigue et 2.) révèlent des éléments sur vos personnages.

Une conversation dans un récit doit amener le lecteur de Point A à Point B, notamment dans les nouvelles. Mieux vaut éliminer le bavardage inutile.

Plutôt que « Comment ça va ? », utilisez« Comment s’est passé votre réunion ? ». Évidemment, les deux sont assez ennuyant en tant que dialogue, mais au moins le deuxième vous donne une direction générale. Nous en apprenons un peu plus sur le passé du personnage et sa réponse va nous apprendre sa réaction à cet événement et, si nous sommes chanceux, ce que cela signifie pour l’avenir.

Sa réponse à ce genre de question va révéler plus sur le rapport entre ces deux personnages et l’attitude de ce personnage envers la situation.

Somme toute, nous voulons que chaque interaction entre vos personnages apporte un peu de valeur fonctionnelle au récit au niveau descriptif. Une conversation ciblée nous fournit l’opportunité d’achever ce but sans invoquer toute une longue liste de descripteurs.

7. Démontrez un changement dans vos personnages au cours du récit

Fondamentalement, au moins un de vos personnages va parcourir la totalité du schéma narratif.

À un moment donné, entre la situation initiale et la situation finale, un changement va se produire pour le meilleur ou pour le pire. Sinon, si votre protagoniste n’est pas affecté par le récit, à quoi sert-il ?

Disons que la culmination d’une histoire est la mort d’un proche. (Désolé.) Cela peut susciter le cynisme, l’optimisme, l’isolement, l’évasion, etc. Le changement sera soit un redressement de la situation actuelle ou un genre d’intensification. Pour le meilleur ou le pire, peu importe, il faut juste qu’un changement se soit produit.

Évitez de créer vos personnages dehors de votre narratif. Ils ne sont pas nés dans une éprouvette.

Il s’agit de l’évolution de votre personnage au cours du narratif, dans le contexte de l’histoire, au travers des péripéties de la nouvelle. Même si le changement est de ne pas changer (quelque chose semblable à l’apathie), vous devez fournir le chemin qui mène jusqu’à ce point-là.

Ce qui nous sépare des pierres est le dynamisme, une particularité qu’on partage avec tout organisme animé. La meilleure façon de faire vivre vos personnages et de les rendre plus aimables, c’est d’illustrer un changement au cours du narratif.

Enfin vous y voilà ! Je vous renvoie vers vos carnets, en espérant qu’avec ces conseils, la création du personnage dans les nouvelles vous semblera moins intimidante qu’avant. Si vous n’avez pas écrit de nouvelles auparavant, peut-être vous vous sentez plus à l’aise avec ce format d’écriture.

Bonne chance et bonne édition !

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