La fanfiction ou fanfic : de quoi s’agit-il et à quoi sert-elle aux auteurs autoédités ?

Attention, lecteurs intrépides ! Avant de continuer, je vous préviens : je vais mentionner deux ou trois détails concernant certaines séries en cours de diffusion, telles que la nouvelle saison de Game of Thrones, les films Avengers et Star Wars.

En outre, nous ne sommes pas en mesure de vous fournir des conseils légaux concernant les droits d’auteur. Moi, j’ai étudié le français, pas le droit.

À la fin d’une grosse soirée de lecture, un café froid sur la table et les yeux rouges après de nombreuses heures de stress, n’avez-vous jamais terminé un récit avec la tête qui tourne car vous ne cessez pas d’imaginer des fins alternatives ? Le soir, vous n’arrivez pas à dormir alors que des images fantastiques et des péripéties improbables sont projetées sur le fond de vos yeux. En dégainant votre sabre, vous vous imaginez à côté du protagoniste au dénouement épique du roman, l’armée ennemie vous regardant à travers le terrain de bataille. Ou peut-être venez-vous de lire un roman plus sentimental et vous vous trouvez dans les bras blancs d’Edward Cullen. Ce n’est pas à moi de dire.

Imaginez que vous regardez Game of Thrones : vous êtes totalement absorbé et au fond du siège dans l’attente de la grande bataille entre les marcheurs blancs et les vivants. Mais quoi faire si l’on a encore soif de la violence, la sexualité et l’intrigue palpitante de la série après que le générique de fin est terminé ? Et si l’on n’est pas tout à fait content avec l’évolution du récit ? Bien que Jonerys soit canon, peut-être que vous auriez aimé voir Jaime et Brienne shippés ; peut-être que vous n’êtes pas satisfait avec la représentation LGBTQ dans la série et vous cherchez un monde plus inclusif et vous écrivez un slash où Cersei et Daenerys font une rencontre improbable quelque part entre Winterfell et Port-Réal.  En tout cas, vous vous tournez vers le clavier pour concrétiser ces fantasmes vagues sur internet et sur les nombreux forums consacrés aux méditations de ce genre.

Et maintenant, j’imagine qu’il y a certains d’entre vous qui me demandent, « Mais de quoi tu parles, toi ? »

À vous, je dis : « Bienvenue au monde de la fanfic ».

Qu’est-ce que c’est la fanfic ?

En bref, ce sont des histoires fictives écrites par les fans pour les fans, des histoires dérivées de leur source afin de continuer, approfondir ou autrement interagir avec le contenu.

La liste de genres de fanfiction est vaste, mais il existe certaines catégories distinctes qui se répandent à travers les forums et sites consacrés à la fanfiction. Voilà des exemples qui sont plus particuliers à ce mode d’écriture :

UA ou Univers Alternatif

Vous n’êtes pas fan de la gamme de personnages à la fin d’Avengers Infinity War ? (Spoilers !) Voulez-vous échanger Captain America pour Spiderman ? Star-Lord pour Antman ? Écrivez une fanfiction qui a lieu dans un Univers Alternatif (UA ou AU en anglais) et troquez les super-héros vivants contre les morts. Les auteurs de la fanfiction UA prennent les personnages originaux du livre et les transposent dans un univers où un ou deux détails ont été modifiés. Fondamentalement, l’auteur se pose la question, « Qu’est-ce qui se passerait si… ? » et le récit s’ensuit.

Le Shipping

Est-ce que vous auriez préféré que Harry et Hermione finissent ensemble ? (Spoilers ?) Pourquoi ne pas écrire une fanfiction dans laquelle vous shippez les deux ? Techniquement, l’acte de shipper deux personnages ne constitue pas une catégorie de fanfiction en soi-même ; le shipping reconçoit les relations entre deux (ou plus) personnages. La méthode ou le milieu utilisés peuvent varier un peu : il y a le SAP (histoire d’amour inondé de clichés et scènes à l’eau de rose), PWP (Plot? What plot? en anglais, ce qui veut dire une histoire sans intrigue, du porno à la base) et le Crossover (où les personnages de deux ou plus mondes distincts se rencontrent ) parmi tant d’autres.  

Fluff

Si vous n’êtes pas intéressé par le conflit et préférez une version de Star Wars où Kylo Ren et Rey déposent leurs armes et se promènent, bras dessus, bras dessous, au bord de la mer de Naboo, sans souci et ignorants des guerres ailleurs, vous pouvez écrire une histoire waffy. (Quelqu’un peut me dire : c’est quoi le délai de prescription pour les Spoilers ?) Cela signifie « Warm and Fuzzy Feelings » en anglais, il s’agit d’un récit sans conflit, sans danger, sans rien, sauf les sentiments doux et tendres. Pour certains, tout ce qu’il faut, c’est juste cela.

Pour une liste plus exhaustive :

La liste contient une catégorie pour tout type de fantasme envisageable. Deathfic, Darkfic, PWP, Self-Insert—Pour certains le but est évident, mais j’imagine qu’il y a certains d’entre vous qui se posent la question : à quoi cela sert-il d’écrire des telles histoires ?

Un genre adaptif et participatif 

La culture de participation s’étend plus loin que le bord des fandoms fondés par des entreprises comme Marvel, Disney et Ubisoft ou les auteurs comme Rowling, Gaiman ou Martin. En fait, ce genre d’échange entre le créateur et le public est intégral aux études littéraires ainsi qu’aux études culturelles, même si certaines critiques sont rebutées par le vernis de la culture pop qui imprègne le discours autour de la fanfiction. Mais il y a encore certains qui pensent que l’on peut trouver les racines de la fanfiction au-delà du début du siècle.

L’intertextualité dans l’antiquité

Éloignons-nous des stéréotypes et traversons le fils du temps jusqu’à l’année 1887, où l’auteur Sir Arthur Conan Doyle venait d’écrire Une étude en rouge, la première apparition du personnage célèbre Sherlock Holmes. Le détective fictif était reconnu pour ses compétences de raisonnement déductif et ses prouesses de détective. Son air détaché et inclination pour la logique sur la sensibilité ont créé des ondes que l’on peut détecter aujourd’hui, manifestées dans les personnages qui nous captivent avec leur intelligence singulière et pragmatisme (Rick de Rick and Morty et Dr. House de Dr. House, par exemple).

Même parmi ses contemporaines de l’époque, l’histoire portait une énergie novatrice qui inspira la communauté littéraire et attira l’attention des fans ainsi que celle des critiques. Dans la deuxième partie de A Double Barreled Detective Story, écrite en 1902 par Mark Twain, ce dernier a fait entrer le détective afin de critiquer la logique intrinsèque du récit original.

Est-ce qu’il s’agissait de fanfiction ?

Pas exactement, même si l’aspect interactif rappelle un peu ce phénomène, parce qu’il manque certains critères, tels que l’aspect communautaire. Sans les fandoms, les fanfictions n’existent pas. Dans ce cas-là, il s’agissait plutôt de la transfiction.

La transfiction est une forme d’intertextualité qui partage les mêmes principes interactifs et collaboratifs que la fanfiction, mais qui est basée sur un corps de littérature originale à la base.

L’exemple de Mark Twain rappelle plus l’inclusion de Holden Caulfield (L’attrape-cœurs par J.D. Salinger) à la fin de Verre Cassé par Alain Mabanckou. L’auteur emprunte un personnage symbolique pour faire une remarque ou commentaire particulier et ciblé. Pour Mabanckou, le but était de mettre de la distance entre la culture littéraire africaine et la culture de son ancien colonisateur, par allusion au canon américain.

Les histoires transgénérationnelles et les adaptions modernes

Dans le cas de Sherlock, ces distinctions deviennent de plus un plus floues maintenant que l’on a un véritable fandom autour de la série BBC Sherlock qui est sortie il y a quelques années. Du coup, les textes écrits par les fans de Sherlock, la série, constitue un bon exemple de la fanfiction. Et même s’il ne s’agit pas de la fanfiction, cette série sortie par la BBC peut nous servir de bon exemple du sous-genre « Univers Alternatif »,vu qu’ils ont transporté Holmes au présent afin de le transposer à l’époque moderne, en se posant des questions sur l’identité d’Holmes dans le monde moderne.

Nous avons vu pleins d’autres adaptations similaires : Les liaisons dangereuses par Laclos devient Sexe Intentions (ce qui rassemble un peu à la schoolfic, non ?) et Au cœur des ténèbres par Joseph Conrad devient Apocalypse Now.

Et tout cela est totalement légal. Ces œuvres, vu leur âge, sont entrées dans le domaine public, ce qui veut dire que vous pouvez faire tout ce dont vous avez envie avec elles. Voulez-vous récrire une version de Roméo et Juliette où les Montagues sont des pandas et les Capulets sont des tortues ? Légal. Ou peut-être une version d’Au Voleur par Molière adressée à Mark Zuckerberg ? Méga légal.

Conseil : si vous voulez savoir si une œuvre est entrée dans le domaine public, je vous conseille de faire une recherche sur le projet Gutenberg. Là, vous trouverez des milliers d’œuvres, disponibles et téléchargeables sur son site gratuitement.

Alors, une fois pour toutes, le roman écrit par Mark Twain ? La transfiction, une œuvre intertextuelle qui existe en dehors d’une communauté de fans. Les histoires publiées sur internet qui détaille une relation amoureuse entre Watson et Holmes ? La fanfiction. Les deux idées sont liées, mais elles ne sont pas identiques.

À propos de la légalité des fanfictions,

Est-ce que les fanfictions sont légales ?

En général ? Sur internet ? Je ne sais pas, moi. Le consensus général sur la légalité et danger de l’édition des fanfictions sur internet est que, si l’auteur donne son accord, vous pouvez, probablement, le faire sans peur de litige. 

Puis-je publier mes fanfictions sur Lulu ?

Nope. Non. Nyet.

Lulu.com est une entreprise internationale, et donc nous devons respecter les lois internationales concernant les droits d’auteur. Si une œuvre ou un personnage sont soumis au copyright quelque part dans le monde, nous ne sommes pas en mesure daccepter ou de distribuer votre œuvre. Et pour certains auteurs, c’est l’acte d’impression et réplication qui n’est pas admissible, même si vous ne recevez pas de revenues.   

La seule façon qui permet à un auteur d’emprunter les personnages, le récit ou l’univers d’un autre auteur est avec une autorisation écrite du détenteur des droits d’auteur.

Pour des auteurs comme J.K. Rowling et Stan Lee, cela risque d’être un peu difficile. Pourtant, vos fanfictions peuvent vous servir en tant que points de repère et inspiration pour votre propre ouvrage, et cela nous ramène au point suivant :

Alors… qu’est-ce que je peux faire avec mes fanfictions ?

Vous pouvez vous servir des fanfictions comme un point de départ afin de créer vos récits originaux. De même, la transfiction doit être enracinée dans des fondations originales. Je vous conseille d’interagir avec les autres textes, participer dans le discours littéraire, mais aussi, il est essentiel pour vous d’apporter quelque chose de nouveau à la table.

Sinon, l’œuvre originale aurait dû entrer dans le domaine public avant l’édition de votre ouvrage.

De coup, voici deux lignes directrices pour l’édition d’œuvres dérivées :

1. N’utilisez ni de noms ni de personnages déposés à titre de marque. Pas de Mickey Mouse, rien du Petit Prince (jusqu’à 2032) et certainement aucune trace d’Astérix et Obélix.

2. Soyez transformatif, non adaptif. Le message et le principe au centre de votre ouvrage doivent être différents de ceux de l’original. C’est ce que l’on appelle le « Fair Use » aux États-Unis, et il s’agit du potentiel économique d’une œuvre : il ne faut pas qu’une œuvre dérivée ait un impact négatif sur le potentiel commercial du produit original. Si l’édition de votre manuscrit risque de diffamer l’original ou diminuer le trafic vers l’œuvre empruntée, cela augmente la probabilité d’une violation des droits d’auteur aux yeux de la loi.

Pour de bons exemples d’œuvres adaptives et enracinées dans la culture participative sur Lulu.com :

Dégradation par Camille L.

On a tous un passé, un présent. Certains doivent se battre pour avoir un futur. La vie est une lutte constante, un combat où rien n’est gagné d’avance. Et si on baisse les bras, parfois il arrive qu’une personne soit là pour nous rattraper. Dans cette histoire vous allez découvrir à quel point la perte d’un être cher peut détruire. À quel point des préjugés peuvent rabaisser. À quel point la culpabilité peut ronger. À quel point la vie peut blesser. Mais si on prend le risque de tendre sa main à une personne, on a des chances de voir des doigts s’y enlacer. S’y accrocher tellement fort qu’on sait qu’ils ne vont plus jamais lâcher.

Crappily Ever After par Marcus Clawson

Illustrations ludiques à colorier inspirées par les contes de fée classiques. Redécouvrez vos histoires préférées de l’enfance, mais avec une tournure curieuse.

3 contes japonais par Alex Blanc

Trois contes traditionnels du Japon adaptés en bandes-dessinées par Jérôme Blanc et Alex. Ombres chinoises sur fond d’aquarelle.

Si vous cherchez plus d’infos sur les droits d’auteur : https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/F23431

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